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jeudi 6 février 2020

Avant que tout ne commence

Cette scène, cet instant de vie, cette crampe au ventre, cette main de plus en plus moite, ce contrôle d’identité, depuis des années, je n’ai jamais vraiment pensé qu’à cela. Ce serait quelque chose d’impossible, de surnaturel. Mais nous y étions, sous le panneau lumineux de l’aéroport d’Hanoï. Toi et moi, dans une seule angoisse et dans un seul espoir. Un groupe de personnes se dirigeait vers nous. Notre correspondant AFA, du nom de Thuy, nous accueillit avec un grand sourire et traduisit les premiers mots de politesse que nous échangions. On nous conduisit à notre hôtel. Chambre 407… Il fallait encore attendre qu’on vienne nous chercher… PATIENCE ! 
Nous allions enfin le rencontrer à l’hôpital américain d’Hanoï ! Notre enfant de 2 ans, qui avait été abandonné sur les marches de l’établissement, à peine âgé de quelques jours et bien malade. Il y a quelques semaines nous avions reçu son dossier médical. Verdict : deux opérations du cœur. Notre premier contact n’aura pas été un baiser chaud posé sur son front, mais des textes illisibles et des radiographies. Nous le savions si petit et déjà si courageux. Le cœur d’un vrai chevalier qui allait devenir notre héros. Après la deuxième opération et six mois d’observation, il avait été proposé à l’adoption internationale. Plus que quelques heures et nous allions le voir, le prendre dans nos bras, sentir son poids, tenir ses petites mains pour ne plus le quitter, plus jamais. 
Tu fais les cent pas. On nous avait conseillé de dormir un peu. Les fleurs du papier peint se transforment en sables mouvants… Dormir ? Ah, ah, ah ! Je rassemble nos affaires et le petit doudou… Un petit lapin bleu qui me fait la grimace. Je sens mon cœur battre dans mon estomac. Ça y est, on y va. Je tremble de haut en bas. L’hôpital est un peu en dehors de la ville. Nous découvrons un monde nouveau par les fenêtres du taxi. Que de bruits, d’animation, de scooters, de vélos ! Enfin nous passons le portail de l’hôpital et tout se calme. Ma vue se brouille un peu. Nous avançons vers lui ! Que dis-je nous planons ! Nous traversons des couloirs aux murs blancs, une porte, deux portes, trois portes. J’ai merveilleusement peur, tu as merveilleusement peur, tu prends ma main, tu me souris… On est heureux… 

Marianne

texte rédigé dans le cadre d'un atelier Adoption sur la base de la proposition indiquée ICI 


Et en bonus...  
Un texte écrit sur la base du principe du logo-rallye : 
Ecrire un texte en intégrant au fur et à mesure et dans l’ordre d’apparition les mots suivants : foyer, famille, stressant, amour, grandir, réussi, plénière, enfant, marcher, vivre, lier 

L’adoption d’un enfant 

Agrandir notre famille, notre foyer, est un rêve tout particulier aujourd’hui, puisque nous voulons adopter. On nous dit « cela sera stressant, long, impossible, vous pourriez le regretter… L’amour, l’amour, ça ne suffira pas ! ». L’agrément est un premier pas qui nous autorise à faire ce rêve et c’est vrai, j’ai peur : ce sera comme marcher sur la Lune. La normalité, ce n’est pas de faire un bond à chaque pas ! Mais je désire ce risque plus que tout. Je veux l’assumer car j’ai cette force en moi. Cet enfant grandira, et nous grandirons avec lui, nous rirons avec lui et nous souffrirons avec lui parfois. Comment savoir si nous avons réussi ? Comment des parents savent-ils s’ils ont réussi, s’ils auraient pu faire mieux, s’ils auraient dû faire autrement ? Car cette adoption plénière, c’est pour la vie. Ce n’est pas seulement aider un enfant à marcher, à parler, c’est vivre à ses côtés. Je le vois adolescent, je le vois adulte, puis parent à son tour. L’adoption, c’est se lier avec le cœur, c’est être fièrement dans les coulisses pour qu’un être abandonné puisse retourner sur la scène de la vie. 

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