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mardi 15 septembre 2015

Je m'appelle Rémi

Je m’appelle Rémi. 
Arrivé à ce qu’on nomme la maturité, je constate que je retourne souvent dans mon passé, mon enfance d’enfant pauvre mais si riche de découvertes et de camaraderies. 
Je suis l’aîné de six enfants et ma mère, très fatiguée, m’avait confié à ma grand-mère qui vivait seule dans un gros bourg. 
Sa maison se trouvait sur la place du village, on y accédait par quelques marches en pierre, usées par les nombreux passages. Ce n’était pas le luxe mais j’y étais heureux, bichonné par ma grand-mère. Au moins elle m’aimait, elle, car j’ai toujours cru que mes parents ne m’aimaient pas et préféraient mes frères et sœurs. 

En face, une grande maison, c’est là que vivaient deux copains qui vont compter dans ma vie de petit garçon, Michel et Daniel. 
Nous fréquentions l’école de garçons, je n’étais pas ce que l’on appelle une lumière. L’école m’ennuyait et j’attendais la fin de la journée, le goûter que me préparait Mémé et surtout l’après goûter et l’après devoirs, les aventures avec Michel et Daniel. 
Le goûter, un régal, Mémé coupait une belle tranche dans un gros pain, la tartinait de beurre et la saupoudrait de cacao. 
Je la mangeais avec délice, bâclais mes devoirs, surtout le français; je précise que mes phrases et celles de Mémé étaient émaillées de mots en patois et que le français ne m’inspirait guère. 
Ensuite, c’était l’aventure… 
Derrière nos maisons, passait un petit ruisseau, le Barbenan que traversaient des passerelles menant aux jardins si beaux et odorants au temps des lilas blancs et mauves. 
Riche en petits poissons, vairons, goujons, petits poissons chats, le Barbenan était notre eldorado. On pêchait avec des lignes sommaires et des vers de terre que nous récoltions dans notre jardin. 
Après notre pêche fructueuse, on vidait et lavait la friture que le père de mes copains farinait et passait à la poêle, régal général! 
Je ne me souviens pas m’être lassé de ces jeux-là. 
Elise, la sœur aînée de mes copains nous accompagnait parfois. Elle n’était pas rigolote, très sérieuse, autoritaire, elle voulait tout commander et nous agaçait. Mais elle était experte en pêche aux loches et aux écrevisses. Quelle classe, nous l’admirions. 
La pêche à la fourchette est cruelle mais cela ne nous effleurait pas. Ce petit poisson a une grosse tête et des moustaches et se cache sous les pierres sans bouger. 
Les pieds dans l’eau, une fourchette à la main, il faut soulever doucement la pierre et si loche il y a, il faut profiter de la seconde d’immobilité du poisson pour l’embrocher avec la fourchette. Je ne sais pas pourquoi Elise s’acharnait sur ces pauvres bêtes car du point de vue gustatif, rien ne valait notre friture. 
Le bouquet, c’était la pêche aux écrevisses. En amont du ruisseau, à la limite du village, il y avait un barrage en pierres qui faisait bravement 80-90 cm mais il nous semblait grand. 
Là, nichaient les petites écrevisses sauvages, très vives, munies de pinces acérées. Je ne sais pas si on en trouve encore dans cette région. 
Cette pêche était interdite mais jamais personne ne nous a interpellés. 
A la tombée de la nuit, il faut se munir d’une lampe électrique et projeter le faisceau dans l’eau, les écrevisses, attirées par la lumière arrivent et se rassemblent autour du point lumineux. Tout l’art est de plonger la main dans le tas et de les attraper une par une, sans se faire pincer bien sûr. 
Nous regardions Elise placer ses doigts sur le dos de la bête, derrière la tête et les pinces et, avec une rapidité étonnante, les jeter dans le panier. 
Ensuite, plongées dans l’eau bouillante qui les rosissait, les écrevisses étaient un mets de roi que nous partagions grands et petits. 
Je vous ai parlé de notre coin de paradis aux beaux jours, mais les jours d’hiver étaient aussi intenses et pleins de joies. 
Boules de neige, bonhommes de neige, luges, allongés sur des cartons, retour trempés à la maison et disputes de Mémé qui craignait que je ne tombe malade. 
Tous ces moments sont inscrits en moi, ils m’ont constitué, équilibré, nourri au propre et au figuré et ne sont pas étrangers à ma réussite dans la vie. 
J’ai perdu de vue mes copains; Elise a épousé un bon parti. A part ses talents de pêcheuse, je n’ai jamais été attiré par cette fille trop dure et méprisante. 
Je ne sais pas si c’était une belle enfance mais pour moi, ces moments de bonheur et d’insouciance, au contact de la nature, sont de petits bijoux. 

Stephan 
Allex 20/07/2015

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