Attention, droits réservés

Creative Commons License
Les textes des Ateliers Ecritures Colombines mis à disposition sur ce blog par Nadine Fontaine sont régis par les termes de la licence Creative Commons. Leur citation n'est permise qu'assortie du lien indiquant leur origine.

vendredi 12 septembre 2014

Mon frère volant

Je suis rentré du périscolaire. Maman est venue me chercher. Elle a failli être en retard, il y avait des bouchons sur la route. J’ai fait mes devoirs. Elle contrôle, me félicite, je peux aller jouer. Elle commence à préparer le repas dans la cuisine, me demande si je veux bien l’aider. Je préfère jouer avec mes petites voitures sur le tapis de l’entrée et je fais des yan! uuuuh! chpak! pour imiter le bruit des voitures qui roulent vite, freinent au dernier moment et se percutent. Maman me crie que je lui casse les oreilles et me somme d’aller jouer dans ma chambre. 

Je lui réponds: «ben oui! j’ai même pas de frère! Il faut bien que je joue tout seul à deux!» 
Maman me dit : « tu n’as pas de frère! Eh bien fabrique-toi s’en un!» 
Je pars dans ma chambre avec mon seau de voitures. 
Je tourne en rond. Me fabriquer un frère, comme si c’était facile! 
Je regarde mes peluches. Je demanderais bien au Père Noël de transformer mon teddy! J’ai vu ça dans un film. Bof! Ça serait quand même pas un vrai frère… 
Et moi, j’aime bien les voitures. Et si je transformais ma voiture à pédales. Je tourne autour, lui donne un coup de pied et Eurêka! Je vais me servir de «petit chimiste» pour la transformer en voiture qui fera tout ce que je lui demanderai. 
Je prends une grosse fiole et je commence à la remplir de tous les produits que je trouve dans ma boîte. Ça devient jaune, puis orange, puis rouge, ça fait des bulles, puis des gros bouillons qui me piquent les yeux. A ce moment, maman m’appelle pour manger. 
Surprise de ne plus m’entendre, elle vient dans ma chambre et me demande ce que je fais. J’ai juste le temps de cacher ma potion sous mon lit. Elle a fait de la salade de tomates et du riz. Je mets un peu de vinaigrette sur un mouchoir en papier que je range dans ma poche. On ne sait jamais. Ça pourra me servir. 
Après le repas, elle me dit d’aller me brosser les dents. Je mets aussi un peu de dentifrice dans le verre à dents et je repars dans ma chambre. 
- Tiens! tu ne veux pas regarder la télé aujourd’hui? Il n’y a pas de dessins animés? Tu ne me demandes pas d’histoire? 
- Non, je suis fatigué. Je préfère retourner dans ma chambre. 
Je sors ma préparation de sa cachette, je la remue et une odeur d’œuf pourri s’en échappe. Vite, j’ouvre la fenêtre pour que maman ne s’aperçoive de rien et j’ajoute alors les nouveaux ingrédients: mouchoir imbibé de vinaigrette et dentifrice. J’agite le tout pendant quelques minutes. Le mouchoir s’est décomposé. Je prononce alors la formule magique: 
«Toi mon nouveau frère la voiture, je t’ordonne de me conduire où je voudrais aller, de parler et jouer avec moi et de toujours me ramener à la maison pour que maman ne devine pas mon secret.» 
Je prends un de mes plus gros pinceaux et j’enduis complètement la voiture de toute la mixture. J’ai les yeux qui brûlent un peu, le nez qui coule et j’ai un peu de mal à respirer quand tout à coup: 
- Alors, où veux-tu que je t’emmène? la voiture se met à parler. Timidement, je lui réponds: 
- C’est toi qui parles, la voiture? 
- Ben oui! c’est bien ce que tu m’as demandé non? 
- Je ne pensais pas que ça allait marcher, mon truc? 
- Oh! sans la vinaigrette et le dentifrice, c’est sûr, ça n’aurait pas marché! 
- Bon, on va où? 
- Ben je sais pas, moi? Au pôle Nord? 
- Si tu veux; monte. Je suis un peu à l’étroit parce que j’ai grandi depuis que j’ai reçu cette voiture. Mais sitôt que je suis dedans, la voiture s’envole par la fenêtre restée ouverte et file à la vitesse d’une étoile. 
- Ralentis! J’ai même pas le temps de voir les paysages! 
- Pas le temps. On va rater les ours polaires et les esquimaux ne nous attendront pas pour manger si on arrive trop tard. 
En quelques minutes, on arrive sur la banquise. Il fait froid glagla! Les ours sont là qui viennent me réchauffer et me portent jusqu’au plus proche igloo. 
Mon frère voiture roule à côté. Il a l’air de bien les connaître. On entre dans l’igloo et je mange de la viande séchée tout en discutant avec mes nouveaux amis. Ils ne parlent pas ma langue et pourtant je comprends tout ce qu’ils disent. 
A un moment donné, mon frère dit: 
- Bon c’est pas tout ça, mais on a encore de la route, nous. Où veux-tu aller maintenant? Je réponds que je resterais bien là encore un moment avec mes nouveaux amis. 
- Ne t’inquiète pas, on reviendra. Pour le moment il est tard et nos amis veulent aller se coucher. - Bon, eh bien allons voir les baleines alors. 
- C’est parti! Monte.» 
On s’envole de plus en plus haut, on croise les oies qui partent vers l’Afrique, on se moque d’elles en imitant leur cri: croi! croi! croi! On les dépasse et bientôt on ne les voit plus. On survole des montagnes. Nous baissons d’altitude et sur la terre, on distingue des animaux, des éléphants, des buffles, des rhinocéros, des girafes, des impalas… Mon frère me crie: 
«Accroche-toi, on est bientôt arrivés. Boum! On atterrit brusquement. Excuse-moi, vieux, j’ai mal calculé mon coup.» 
Dans la baie, d’abord je ne vois rien. Puis tout à coup, une baleine se met à sauter. Une fois, deux fois, trois fois. Je compte jusqu’à sept sauts; j’en vois une autre qui nage tranquillement et fait sortir de grands jets d’eau de son dos. Puis la queue d’une autre qui fait des beaux plongeons. 
- On irait pas un peu dans le désert maintenant que tu as vu tes baleines? 
- Mais tu n’es donc jamais fatigué? 
- Non tu ne m’as pas programmé pour ça. Si tu avais ajouté un peu de cacao à ta potion, j’aurais eu envie de dormir. Merci frangin de m’avoir fait en pleine forme! 
Et c’est parti pour le désert. 
On reprend le même chemin qu’à l’aller et on arrive encore plus vite que tout à l’heure. Là mon frère se pose sur la bosse d’un dromadaire. 
- Aïe! crie le dromadaire! Tu pouvais pas te poser par terre? 
- Ah! ah! c’était pour montrer à mon frère les manœuvres que je suis capable de faire. Ne râle pas! C’est rien qu’une petite égratignure! Ça va passer. Promène-nous plutôt dans les dunes avant qu’il ne fasse trop chaud. Mon frère n’a même pas pris sa casquette et il n’a pas de gourde d’eau. 
Bougon, le dromadaire nous emmène faire une belle balade dans les dunes. On n’y croise pas grand-chose. Ça ne s’appelle pas le désert pour rien! 
- Alors qu’en penses-tu? Tu es content? Tu en as vu assez pour aujourd’hui? 
- J’irais bien voir… 
A ce moment, j’entends la voix de maman qui m’appelle: 
- Luca, Luca, il est l’heure de se réveiller… Luca… 
- Alors quoi! Tout ça n’était qu’un rêve?, je murmure en regardant mon frère. 
- Mais non frangin ! j’ai fait comme tu m’as dit; je t’ai ramené à la maison avant que maman découvre ton secret. A ce soir frangin! 
Maman entre dans la chambre: 
- Tiens, tu as dormi avec la fenêtre ouverte? Ça sent une drôle d’odeur ici. 
Je sors de mon lit, regarde ma voiture qui me fait un clin de phare.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Vous avez aimé ce texte ?
Dites-le !