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vendredi 21 janvier 2011

En attendant...

En attendant ton arrivée, je suis cette femme au ventre stérile qui n’en a pas encore complètement fait le deuil et qui regarde les mamans aux ventres ronds et aux poussettes volontaires se frayer un chemin dans les allées du marché le samedi matin. 

Ne pas trop espérer et pourtant soulever timidement les petits vêtements de bébé dans les bacs du magasin Aubert à la fin des soldes de janvier quand je viens de passer les entretiens avec Nelly et son mari au Mans et que je suis presque sûre qu’ils m’aideront à finir la route jusqu’à toi.

A partir de février, je ne suis plus moi même, je suis tellement soulagée et tellement impatiente à la fois que je commence à perdre mes clés, que je range des objets dans des endroits impossibles qui m’empêchent de les retrouver immédiatement et dont je suis par conséquent privée, que j’ai les nerfs à fleur de peau et que je m’évanouis pour un rien…
T’imaginer pendant ces 5 mois est ma préoccupation favorite. Je pars en Egypte et je ne cesse de me dire que tu es tout près, que je n’aurais qu’à mettre le cap au Sud pour tomber sur toi.
Te parler en secret comme si tu étais déjà là à mes côtés, espérer que tu seras une petite fille à la peau chocolatée et au goût épicé.
En attendant, je lis sur ton pays de naissance, l’Ethiopie, que je trouve de plus en plus beau et que mes yeux de future maman auraient trouvé beau même s’il avait été un pays sans intérêt.
Ne pas craquer, ne pas trouver le temps interminable. Et pourtant j’ai de la chance, je sais qu’en quelques mois tu seras là, que la procédure éthiopienne est rapide, que je te serrerai dans mes bras cet été.
Du coup de fil d’acceptation au coup de fil d’apparentement, 5 mois se sont écoulés, si peu de temps et déjà je peux mettre en nom sur ton visage. Je t’apprivoise, je t’observe, tu me sembles une parfaite inconnue et pourtant je t’aime déjà.
A la mi juin, je fais un petit paquet contenant des couches et des vêtements de bébé qui part au Toukoul. Tu es si petite encore, j’ai choisi la taille 6 mois mais je suis sûre que ce sera trop grand.
Nulle part je ne trouve le calme, ni dans ta chambre fraîchement parquetée, ni dans mes lectures, seule l’écriture m’apaise un peu. Je dors mal, je me réveille anxieuse, je trouve absurde d’être ici et toi encore tout là bas. Je prends le bateau pour Belle-Ile espérant me ressourcer jusqu’à fin juillet.
Tu arrives demain, je suis dans la chambre d’un hôtel luxueux de Roissy et je ne me sens pas à ma place. Mon cœur bat la chamade, je suis emplie de doutes, vais-je être à la hauteur ? Je me sens au bord d’un plongeoir, je vais devoir sauter dans la piscine et je ne sais plus nager.

V. 

2 commentaires:

  1. Très beau, ce texte sur l'attente... Et la dernière phrase est très juste - ah, l'angoisse quand on y est enfin...

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  2. Moi aussi,le T final m'a beaucoup touchée. Sentiment d'etre protégée matériellement, d'avoir passé tant de jours, de mois voire d'années à attendre, et se rendre compte quelques heures avant l'Heure qu'on ne sait rien de ce qui nous attend...

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