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lundi 16 novembre 2009

1983-2009, une Française à Berlin

Le jour où le mur est tombé, j'étais en train d'allaiter mon deuxième fils, né fin août, dans l'arrondissement de Wedding à Berlin-ouest, quand, peu avant minuit, le téléphone a sonné. Pourtant pour comprendre ce que nous faisions là, il faut revenir quelques années en arrière.
Flashback: j'étais arrivée à Berlin-ouest en 1980 dans le cadre d'un échange qui devait durer trois ans. Je ne connaissais alors que la partie orientale de la ville, car j'avais une correspondante depuis l'âge de douze ans environ qui vivait dans le Brandenbourg et avait étudié dans la capitale de la RDA. Je lui ai donc rendu plus facilement visite ces trois premières années puisque j'habitais à deux pas si je puis dire. Contrairement à ce qu'on a pu penser, il était relativement facile de se rendre en RDA. Cependant à partir de septembre 1983, j'ai travaillé, en tant qu'enseignante, dans l'une des écoles des forces d'occupation, c'est à dire auprès du Gouvernement Militaire Français de Berlin. Il m'a donc été interdit de me rendre en RDA, par contre nous pouvions nous déplacer très facilement à Berlin-est sous certaines conditions, mais jamais seul. Durant cette période aussi, j'ai pu régulièrement et secrètement rencontrer mes amis à l'est.

A présent le décor est planté: nous sommes donc le 9 novembre et un ami du papa est au bout du fil et dit à mon compagnon que le mur est tombé à la porte de Brandebourg. Mon compagnon se montra d'autant plus incrédule à l'annonce de cette nouvelle que son ami se trouvait dans un café! Néanmoins, il sauta dans sa voiture et ils se rendirent ensemble près du mur. Restée seule auprès de nos deux enfants, il me fallut attendre le jour suivant pour tâter le pouls de la nouvelle ville: une agitation extrême régnait avec tous ces gens qui poussaient des caddies remplis de bouteilles de coca etc. Berlin semblait s'éveiller de son long sommeil provincial.
Puis le soir, ayant poussé le berceau de mon nourrisson chez le jeune voisin, qui avait non seulement la garde de son petit frère, mais aussi d'un autre bébé du deuxième étage, je partis en direction du mur, accompagnée de mon autre fils âgé de cinq ans. Ce dernier avait vu des images à la télé et voulait à tout prix grimper sur une échelle ou donner des coups de marteaux dans le mur! Arrivés à Check Point Charlie, le spectacle du flot ininterrompu de Trabi venant de l'est et la foule se pressant autour d'elles ne l'intéressa pas vraiment et, déçu, il souhaita rentrer à la maison assez rapidement. Il a dû se dire, ce jour-là, qu'on ne devait pas croire tout ce qu'on voyait à la télévision! Les semaines et les mois qui suivirent, nous nous sommes souvent promenés le long du mur et avons ainsi pu suivre sa démolition au fur et à mesure, c'était devenu un nouveau lieu d'excursion avec le landau.
La chute du mur a changé notre vie. J'ai pu ainsi rencontrer les amis que j'avais à l'est sans plus me cacher des forces militaires françaises, et, au mois d'août 1990, j'ai pu enfin rendre la pareille à ma correspondante en l'accueillant à mon tour à Paris, elle et sa famille!
Puis les Alliés ont quitté la ville et les écoles, à la suite des Forces, ont fermé. Evidemment j'aurais pu bien sagement postuler pour un poste dans l'école française qui allait prendre le relais des établissements en place, mais non! J'ai passé l'examen de professeur à Berlin et je me suis retrouvée enseignante dans le système allemand. J'ai ainsi aussi bien travaillé à l'est qu'à l'ouest de la ville, avec des collègues et des élèves venant aussi bien de l'est que de l'ouest. C'est encore un enrichissement que je ne regrette pas. Mais ça, c'est une autre histoire!

Véronique, de Berlin


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